LLedoner pelut, un poilu qui n'a pas fait la guerre

Sur la route des cépages

publié le mercredi 20 novembre 2019 à 08h00

LLedoner pelut, un poilu qui n'a pas fait la guerre

 

Un petit tour en Catalogne et on ne m’arrête plus, après le Xarel Lo, le kryptonien du Penedes, voici venu le cousin velu du Grenache. Ma première rencontre avec ce vilain poilu, c’était aux portes de Béziers avec Francois Pugibet du domaine de la Colombette, un précurseur des vins bio et à la fois de l’irrigation, de la technologie en région occitane. Bref j’avais adoré ce lledoner Pelut et en avais acheté et bu pas mal...

 

Alors ce LLedoner Pelut, comment est-il arrivé en France et surtout qui est-il ?

Mutation du Grenache, il lui ressemble assez fortement, il aurait donc muté en Catalogne, et aurait ensuite migré assez facilement notamment grâce aux pèlerins qui rejoignaient St Jacques, aller et retour !

Présent en Aragon, et Castilla La Mancha, quelques 630 ha étaient recensés en France notamment en Languedoc Roussillon fin des années 1980 pour descendre en flèche de nos jours. Il ne restait que 298 ha en 2016

 

http://plantgrape.plantnet-project.org/it/cepage/Lledoner%20pelut

 

 « Très bizarrement », il ressemble beaucoup au grenache noir, la principale différence étant dans la pilosité du dessous du limbe qui est aranéeux alors que le noir est glabre. Le bourgeonnement est cotonneux blanc alors que celui du grenache est duveteux. Les grappes sont quelquefois un peu plus longues et moins compactes. Les baies sont légèrement ellipsoïdes, d'un beau noir bleuté, recouvertes d'une très belle pruine.

Cela fait penser à certains Grenache anciens dans certains secteurs de Châteauneuf du Pape, ou autre

 

 

Il est également appelé lladoner, grenache poilu, grenache gris, grenache tomenteux, grenache d'Algérie, garnacha peluda et garnatxa peluda en Espagne.

Il conserve donc également les sensibilités du Grenache avec moins de coulure, une bonne fertilité, de bons rendements, une résistance assez élevée à la sécheresse, moins que le noir tout de même. Une sensibilité au mildiou et au botrytis, alors hormis en 2018, on s’en contrefiche vu les endroits où il est planté en général...

 

Il donne un jus très goûteux, sucré et des arômes très fruités, avec un profil légèrement moins alcooleux que le grenache noir. Il est très souvent assemblé aux autres cépages méditerranéens locaux. Il possède assez peu d’acidité mais un équilibre alcool, acide toujours intéressant et des vins au profil très souple et fruité. Avec des vieilles vignes et de la vendange entière, les vins gagnent en tension et profondeur notamment sur les sols schisteux du Priorat par exemple.

 

Il est intéressant car son degré d’alcool est souvent bien plus bas pour une maturité équivalente que pas mal des cépages du sud. On devrait donc peut-être s’intéresser fortement à cette variété peu présente encore.

 

Présent et autorisés dans beaucoup d’appellations du Languedoc Roussillon, il est surtout cultivé en Espagne, notamment sur les appellations suivantes D.O. Cataluña, D.O. Montsant, D.O.C. Priorato, D.O. Terra Alta y D.O. Alella.

 

On trouvera parfois des vins issus du cépage seul si on souhaite se faire une idée. En France, Jeff Carell, Verena Wyss ou la Colombette.

En Espagne un large choix s’offre à vous, avec des Priorat, Vinyes Domènech en réalisant une belle série. Martinet également en assemblage sur le Bru, Palel en Montsant, Celler Comunica, Herencia Altes, .... 

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.