Cépage l'Aligoté : l'oublié de Bourgogne

Sur la route des cépages

publié le dimanche 04 novembre 2018 à 08h00

Cépage l'Aligoté : l'oublié de Bourgogne

La Bourgogne est le pays de très grands vins issus de nobles cépages.

C'est si simple à comprendre car issus des seuls ou quasi Pinot noir et Gamay.

La complexité vient en général des nombreuses « sous » appellations et régions qui la compose. Mais ne négligeons pas les quelques autres cépages qui bien que moins connus font également de très bons vins, souvent sous-estimés.

Ici on se concentrera sur le cépage aligoté qui par ailleurs est l’unique autorisé en appellation Bouzeron en Côte Chalonnaise.

 

Issu d'un croisement entre Gouais Blanc et Pinot, c’est un cépage assez productif, rustique, assez sensible au mildiou et à la pourriture grise, peu à l’oïdium, de débourrement et maturité précoce, on lui préférera le coteau à la plaine.

 

 

Il fut autrefois complanté, c’est à dire planté au milieu des autres cépages, notamment avec le chardonnay, jusque dans les meilleurs crus.

On raconte que le grand Montrachet, prince des vins blancs, avait ses aligotés en son clos. Certainement pour donner un peu de vivacité en année chaude, ou pour les années d'accident climatique.

Plus résistant, et plus productif que le chardonnay, quelques pieds d’aligoté étaient toujours utiles.

Qui plus est sur un grand terroir il est certain que les vins d’aligoté, sans égaler le style du Chardonnay, donneraient sûrement de très jolis vins, voire de grands vins à la garde certaine, grâce à son acidité naturelle.

 

C’est d’ailleurs le cas avec les raisins récoltés plus mûrs de nos jours et traités comme pour faire un vrai vin ! Le le plus gros souci qu’a connu ce cépage c’est de donner avec de trop forts rendements des vins maigres, acides et sans relief. Grâce au chanoine kir, ils ont connu une seconde vie. En effet il est la base des fameux kirs bourguignons, cocktail issu de l’assemblage de liqueur double de cassis et de vin blanc aligoté, qui depuis est devenu le Bourgogne aligoté.

 

 

 

Il prend ses lettres de noblesse au sud de la Côte de Beaune dans le petit village de Bouzeron ou on lui a donné une appellation à lui seul, où le sol, l‘exposition, et le travail des vignerons lui permettent de s’exprimer pleinement.

Il donne alors des vins de qualité, au fruité élégant, sans trop de gras mais à la fine acidité, rafraîchissants, parfois légèrement fumés.

Ils se rapprochent parfois des meilleurs vins de Sauvignon issus de Pouilly Fumé.

On en retrouve également en Côte de Beaune, un peu dans chaque village. Il est moins présent en Côte de Nuits. On peut dire que chaque vigneron qui le traite avec intérêt en fait donc un vin souvent d’entrée de gamme mais non dénué d’intérêt.

Sur place on le déguste souvent avant les Chardonnay ce qui le pénalise un peu car il ne possède pas le gras ni l’épaisseur de son voisin. Rarement passé en fût il supporte mal la comparaison. Alors que dans un autre contexte il pourrait largement dominer en termes de dégustation.

 

Il est un compagnon idéal de l’apéritif, début de repas, de l’iode, donc des fruits de mer, huîtres et autres palourdes ne lui feront pas peur.

On peut le garder un peu, il prendra des légères notes de noisette. cComme il garde parfois un côté citronné, pourquoi ne pas le servir avec une raie aux câpres et son beurre blanc.

 

On citera le domaine A P de Villaine car ils sont pour beaucoup dans la promotion de Bouzeron. Le domaine Faiveley fait aussi un bon Bouzeron. Les aligotés de Vincent Rapet sont également à citer et pour les plus riches ou chanceux ceux du domaine Leroy à Auxey Duresses.

 

Gardons à l’esprit que ce sont des vins assez simples malgré tout et que mettre une fortune sur un aligoté aussi prestigieux soit il n’est peut-être pas la meilleure idée. Pour le même prix on aura un grand chardonnay ailleurs par exemple ou un beau village en rouge. 😉

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.