Ampelo quoi ? Ampélographie !

Le pourquoi du comment

publié le mardi 31 juillet 2018 à 08h00

Ampelo quoi ? Ampélographie !

Dans la science viticole et de la vigne, elle tient une place toute particulière. Elle sert à décrire morphologiquement un cépage, et à l'identifier. Bien que certainement plus ancienne elle débute sérieusement avec Pierre Viala, puis Pierre Galet.

Tout étudiant en viticulture ou œnologie a un jour posé son regard sur un des ouvrages de Pierre Galet. Du CAP au docteur, impossible de s’en passer ! L’abécédaire du Cépage ! Dans le jargon, le Galet.
Comment identifier un cépage ? Il faut bien regarder ses bourgeons, rameaux (sarments non lignifiés), la feuille, son aspect, sa texture, les grappes. Ce sont tous ces détails qui vont permettre d’identifier les cépages.

Cela permet souvent de reconnaitre la parenté des cépages perdus ou oubliés. Les spécialistes de ce genre d’investigation sont situés à Montpellier pour la France, du côté de l’ENTAV. Des Universités dispensent des cours sur la viticulture. Les INRA de région viticoles sont aussi bien pourvus en scientifiques. Par Exemple, Inra Colmar, Université Paul Sabatier de Toulouse, UC Davis en Californie, Roseworthy en Australie etc…

Pourquoi parler de cette spécialité de la viticulture ? Et bien parce que à un moment ou le risque est à l’uniformisation des vins, des cultures, les divers conservatoires de cépages sont les garants du futur, du passé et donc du présent de nos vins.

S’assurer aujourd’hui de conserver ou de retrouver des cépages disparus ou oubliés c’est probablement le meilleur moyen de réagir face à des aléas climatiques, des modifications de température, et tout ce qui touche le climat depuis près de 30 ans. Cette étude permet en outre de retrouver les Adn, et les parentés des cépages utilisés actuellement, de trouver des solutions en termes de résistance aux maladies, aux nuisibles, ou à la sécheresse par exemple.

Dans un avenir proche l’idée est également de trouver l’adéquation idéale entre un lieu et son cépage. On a vu par exemple des limites nord de maturité de cépages se déplacer au fil des années, et des plantations de vignes. Un article sera consacré ultérieurement à cette fameuse limite, mais pour résumer, lorsqu'un cépage ne peut plus arriver au terme de sa maturation en terme géographique on parle de limite Nord de maturité. Par exemple le grenache en France ne dépasse pas le sud de la vallée du Rhône, pour le moment…

Ainsi parler d’ampélographie est certes un peu lourd et complexe. Il faut une habitude et une connaissance pointue de chaque cultivar, cépage, porte greffe, etc… mais c’est la condition sine qua non pour garder un patrimoine de vignes varié et profond. Cela permet de parler ensuite de tout ce qui fait un vin, bon ou mauvais. Car chaque cépage a des qualités et des défauts. Il n’est pas évident d’avoir des cépages qui résistent à tout et qui fassent de bons vins. On a par exemple rarement vu un HPD (Hybride Producteur Réel) donnant de grands vins de garde. En revanche ces pieds-là étaient ultra résistant notamment au phylloxéra. C’est pourquoi ils ont longtemps été utilisés pour donner des vins locaux sans grande qualité mais facile à exploiter et donnant un VCC(vin de consommation courante).

En résumé, cette science ampélographique est la base de la science viticole. Elle a sauvé le vignoble mondial grâce à la découverte des porte greffes (plans américains résistants au phylloxéra, qui sont aujourd’hui greffés à la base de nos cépages). Elle a ensuite permis la découverte des sélections, d’abord en masse(massale), puis clonale. Elle est aujourd’hui la garante de la grande diversité des cépages et de leur redéploiement pour certains. Elle sera à coup sûr celle qui permettra de continuer à progresser scientifiquement et à produire des vins à la fois bons et originaux, aidé en cela par des vignerons ambitieux, qu’ils soient traditionalistes ou modernistes.

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.