Le sacro Saint-Joseph

Appellations françaises

publié le samedi 20 avril 2019 à 08h00

Le sacro Saint-Joseph

 

Paradoxe, nous sommes en Avignon et je m’en vais parler de l’appellation du Nord, visitée hier, mais qui mérite que l’on s’attarde sur elle longuement. Elle est historique et assez complexe. S'étendant sur une bande d’environ 50 kms du Nord au Sud, uniquement planté de Syrah pour ses vins rouges, il s’agit de l’appellation St Joseph.

 

Rive droite du Rhône, elle voit le jour au pied de la colline du lieudit St Joseph, nom donné par les moines de Tournon, à Mauves dans l’Ardèche en 1956.

Au départ sur 6 communes, autour de Mauves, elle s’étend aujourd’hui sur 26 communes de Chavanay à Guilherand limite de Cornas au sud, sur un peu plus de 1000 Ha. Syrah pour les rouges dont la production représente 90% du volume, et marsanne, roussanne pour les 10% restants.

 

Les vignes de l’appellation s’étendent également du bas vers le haut, sur des coteaux orientés le plus souvent au sud, et sur des sols issus du vieux Massif Central, dont ils font la bordure avec le Rhône à leur pied. On dit d’elles que pour faire du bon vin elles doivent voir ou regarder le Rhône.

 

On décomposera les sols à partir de vieux granits qui donnent parfois des gneiss et granits tendres au Nord et des sols plus acides composés de granits maigres plus au sud vers Tournon. Les températures sont également un poil plus chaud sur les pentes de St Jean de Muzol, Tournon ou Mauves, conférant aux vins du Sud de l’appellation des caractères plus austères et plus sudiste.

 

 

On compte 130 opérateurs sur la zone, avec des négociants réputés, des vignerons de toutes tailles et 3 coopératives.

 

Chacun d’entre eux réalise des vins très différents comme autant de crus ou styles, avec des cuvées à la fois souples et gourmandes ou des cuvées à l’élevage long en futs ou demi-muid, qui se garderont sur plus de 20 ans. On pourra s’attarder sur quelques parcellaires historiques tels le St Joseph ou naissent par exemple le Berceau de Bernard Grippa, le paradis dans le centre-ville de Tournon, parcelle pentue protégée par une madone à l’enfant dominant la ville.

 

Les rouges sont des vins variés au senteurs de lard fumé, d’olive noire, de tapenade, de baies noires et de mûre pour les plus complexes. On y retrouve avec un peu moins de tension que dans les Côte Rôtie, des vins juteux et frais aux tannins parfois bien présents et des caractères forts de ces terres de granits en côteaux, travaillés uniquement à la main et aux petits appareils, comme les chenillards.

La minéralité saline de certaines cuvées est impressionnante de fraîcheur sur des vins qui ont aujourd’hui parfois 14 degrés d’alcool naturel.

J’avoue préférer ces styles sudistes où la sauge, l’olive noire et les baies sauvages dominent et donnent une profonde sensation grasse et saline sur le palais à des vins plus tendres ou légèrement boisés.

 

Les blancs très minoritaires donnent quant à eux des vins variés selon l’encépagement et selon les styles des vignerons, on aimera les mettre à table plus qu’en apéritif, ils accompagneront des currys, des épices douces, la coriandre ou le paprika, car les notes légèrement salines, grasses et épicés des assemblage Marsanne/Roussanne aient à se marier à table.

 

Encore raisonnable en tarif sur pas mal de cuvées, même les plus prestigieuse eu égard à la qualité générale, les particuliers doivent se ruer sur cette appellation sœur des Côte Rôtie ou Hermitage voisins et devenus forts chers… Car assez rares.

Attention ces vins sont encore un peu délaissés par l’étranger, profitons-en…

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.