L'importance du modèle de la coopé viticole

Le pourquoi du comment

publié le mercredi 03 juillet 2019 à 08h00

L'importance du modèle de la coopé viticole

 

Dans le sud de la France surtout, l’importance du modèle de la coopé viticole

 

 

Enraciné en France depuis 1901, avec l’avènement des « Vignerons Libres de Maraussan » (près de Béziers, Hérault), et l’inauguration de la 1ère cave en 1905 dans ce même village ; le mouvement coopératif viticole reste fort.

Confronté, dans les années 1980, à une forte crise, avec comme conséquences la disparition de caves coop’ et un phénomène de concentration ; le modèle domine toujours la viticulture.

Aujourd’hui, 51% de la production totale des vins français est issue de « la coopé » (1). Et 53% des viticulteurs adhèrent à une coopérative.

La loi EGAlim du 30 octobre 2018, qui doit être finalisée bientôt, comporte cependant une ordonnance qui menace, selon Coop de France, le modèle coopératif.

Si l’objectif visé est de payer le juste prix au producteur, c’est, pour les coopératives, « une disposition contre-nature », réagit Boris Calmette, président de Coop de France Occitanie, outil de défense du modèle coopératif.

Connu depuis octobre, un des articles de la loi EGAlim considèrerait désormais l’adhérent-coopérateur comme un fournisseur de la cave, à qui celle-ci achète sa production. La cave pourrait être incriminée pour « prix de cession abusivement bas », la sanction pouvant aller « jusqu’à 5% de son chiffre d’affaires, avec plafonnement à 5 millions d’euros. »

Comme, selon le droit coopératif, qui appartient à l’économie sociale et solidaire, la rémunération des « apports » est décidée par des coopérateurs et pour des coopérateurs, cet aspect de la loi est en effet contre-nature.




Selon des observateurs, « cette ordonnance vient programmer, sans détour, le démantèlement des entreprises des agriculteurs ».

 

 

La crise sévère de la fin des années 1980

 

Le germe de solidarité se développe . Ainsi s’ébauchent, jusque dans ce monde paysan si morcelé, des formes nouvelles et plus hautes de production et de vie ", déclare Jean Jaurès lors de l’inauguration de la 1ère cave coopérative française à Maraussan (Hérault), le 1er mai 1905. Depuis, le modèle de la « coopé », outil collectif de production, transformation et distribution des produits a fait florès.

Modèle démocratique (« un homme, une voix »), il a connu son pic d’expansion, avant d’être confronté à une crise à la fin des années 1980.

Il demeure, en dépit d’un grand mouvement de concentration (jusqu’à 550 caves coop’ dans les années 1970 en Languedoc-Roussillon par exemple, 360 caves en 2000, 194 en 2018…) « incontournable à l’échelle du secteur viticole », déclare Jean-Marc Touzard, chercheur à l’Inra SupAgro, à Montpellier.




« Le modèle de la coopération a de l’avenir »

« Non seulement le modèle de la coopération a de l’avenir, mais il a du présent et du passé », assure Boris Calmette, également viticulteur à Fabrègues, près de Montpellier.

« Il y a déjà plusieurs décennies que la coopération a fait sa révolution. »

Finie l’époque où les coopés produisent des vins de table et de pays de faible qualité. L’enfermement dans cette production de masse dure jusqu’à la fin des années 1970. Confrontée à une grave crise, la coopération doit adapter son modèle. « Aujourd’hui, c’est le consommateur, les parts de marché qui tirent la production et non plus, comme à l’origine, la production qui pousse vers le consommateur », relève le président de Coop de France Occitanie.

Elles ont élargi leurs gammes de vin : 71% des vins à Indication géographique protégée (IGP) proviennent des coopératives en France, et 39% des appellations d’origine protégée.


 

 (1). Et même autour de 70% en Languedoc et dans l’actuelle Région Sud, ex PACA. 

 

Catherine VINgtrinier

par Catherine VINgtrinier

Journaliste, rédactrice passionnée de tout et de vin.