Ao Yun, une vigne au bord du ciel

Vins étrangers

publié le mercredi 11 mai 2022 à 14h12

Ao Yun, une vigne au bord du ciel

 

Planter une vigne sur l’Himalaya, et faire un grand vin rare, c’est le défi fabuleux, relevé par Moët Hennessy. Perdu aux confins du « Royaume des Lamas », creuset de légendes et de mystères, la winery Shangri-La déroule son archipel de parcelles telluriques, entre les rives du Mékong et les pics sacrés de la montagne Meili. « Ao Yun », cuvée parfaitement unique, s’abreuve de lune, de soleil, de pluie et de vent. Le souffle et l’âme d’un vin de méditation. Texte de Lucie d’Incau

 

« Si haute que soit la montagne, on y trouve un sentier ». Il aura fallu pas moins de quatre années de trek au docteur Tony Jordan – œnologue australien – pour mener son exploration des confins chinois, s’aventurant dans les contrées les plus reculées de l’Himalaya, à la recherche de microclimats oubliés. Et, finalement, identifier avec sa mini-station météo et des milliers de relevés un vrai terroir, idéal à la culture du raisin et l’élaboration d’un grand vin rare. Un joli assemblage de passion et de business qui incarne le rêve fou de Moët Hennessy. « Ao Yun », nimbé de mystères, reflète les ombres et les éclats du ciel de Shangri-La. Un nom et un concept tiré du mythe de Shambhala et du jardin d’Éden. Un lieu ultime où la nature et la religion se sont combinés pour transformer une étrange lamaserie, adorée dans une vallée de Lost Horizon, en un « pays des rêves » décrit par James Hilton, qui aurait pu s’inspirer d’une série d’articles du National Geographic sur les expéditions du fascinant chasseur de plantes, Joseph Rock, au royaume de Muli. La petite cité de Zhongdian ayant revendiqué l’appellation magique, engendrant une « chimère », dans le nord du Yunnan.

 

 

Paradis caché. Terre de quiétude et de spiritualité. Terre de névés glacés, de fleuves sauvages, qui s’enfoncent dans les gorges vertigineuses où se sont formées les hautes vallées. Un monde rare au pied du massif neigeux du Meili. Mont sacré bouddhique. Immense mandala naturel, interdit d’ascension. Au milieu de ce chaos de crêts, dressés au-dessus des nuages, l’aire des trois fleuves parallèles – Yangtsé, Mékong, Salouen –, à l’abri de la mousson, présente un climat vraiment tropical, « tempéré » par une altitude entre 2200 et 2680 mètres. Géographie tourmentée, remarquée déjà par les pères des Missions Étrangères de Paris qui avaient ouvert des stations dans les Marches tibétaines, dressant d’étonnantes églises, avec une vigne plantée autour pour le vin de messe.

 

Un paysage jardin, vertueux, modelé par une poignée de montagnards, qui ont continué à faire un « petit vin clairet », au bord du Mékong, après que la Congrégation a quitté le pays. Monts et merveilles agraires, réformés par Deng Xiaoping, en 1980, dans le cadre de sa politique des « Quatre modernisations ». Théâtre d’une incroyable promotion viticole, le Yunnan possède, désormais, 500 hectares de vigne, là où les Jésuites l’avaient cultivée. C’est l’esprit de conquête et la beauté abrupte de cet éden en immersion profonde dans une atmosphère mystique, renforcée par la présence éternelle des montagnes et leur diversité pacifique, qui ont permis à Jean-Guillaume Prats d’envisager la globalité de son projet, qui à ce jour n’a pas d’équivalent dans l’univers du vin chinois. « Ao Yun » – traduit par un énigmatique « Vol au-dessus des nuages » – renvoie l’image d’un lieu de pureté tranquille. Un monde enchanteur, où le temps ne compte plus de la même façon.

Des arpents de paradis

 

Ce que Maxence Dulou a trouvé là-haut, c’est une vision du monde… Quelque chose qui l’attendait. Le spectacle sublime de la montagne qui entre de la pointe de ses cimes dans le ciel. Et perce un accès vers un monde lumineux, vu à travers la déchirure des nuages, parmi les jeux de soleil et d’ombre, sous l’azur profond. Attraction mythique du Kawa Karpo. Après quelques détours vers d’autres ailleurs, il sut que sa vie allait se diriger vers cet univers en si parfaite harmonie. Tout ce qui fait la vie de ces villages isolés, conservés hors du temps, obligés à vivre sur les seules richesses de leur sol. Des confettis de terre rude et magnifique qui dépasse la simple notion de terroir pour devenir le point de départ d’une histoire. Tombé en Yunnan, comme on tombe amoureux, le vigneron-voyageur s’installe en famille dans le xian de Shangri-La, inscrit les enfants à l’école chinoise, combine ses prouesses viticoles avec l’essence du lieu pour créer un nectar éthéré.

 

 

Ainsi, Maxence veille-t-il, depuis 2012, sur la winery de Moët Hennessy, édifiant, étape après étape, un étonnant royaume des vins chinois, fondé sur 314 micro-parcelles de tout juste 27,70 hectares, loués aux 120 familles des hameaux perchés de Adong, Shuori, Xidang et Sinong, qui avaient planté – sur l’initiative du gouvernement – des cabernets aux limites de l’imaginable. Un bail de droit d’usage de trente ans… Un accord pour un temps de travail de 3500 heures annuelles pour 1 hectare, accompli intégralement à la main. Une forme de « pacte ». Un vrai contrat humain qui tisse des liens forts avec les minorités et les Han, fermiers et éleveurs de yacks et de moutons. Autant de langues et de dialectes différents. Autant de conditions extrêmes où le souffle est la mesure de chaque geste. L’effort, une offrande à la nature. On approche la beauté puissante d’un « vignoble héroïque », illustrée par quelques parchets en terrasses, agrippés à la pente insensée. Quelques mu – 1 mu = 1/15e d’hectare – composés, parfois, de trois ceps qui partagent l’espace avec l’orge, le maïs, la luzerne et quelques pieds de cannabis.

 

Une œuvre magistrale, vertigineuse. Un modèle d’agriculture intégrée. De simples interstices esthétiques, comme tracés par un calligraphe, où de petits canaux, rigoles, dirigent l’eau de fonte des neiges, vers les vignes et les vergers. Toujours est-il que celui qui cumule les métiers d’agronome et d’œnologue a su faire émerger de ce terrain incroyablement hostile un vin incroyablement voluptueux. Un fruit mûr, rouge et bleu, aux notes de ronciers et de fleurs sauvages. Avec ce petit je-ne-sais-quoi en plus qui serait au-delà de la soie, avec la mûre, le cassis et la prune. Des volutes d’épices et de réglisse noire, une pointe de graphite, avec cette touche insaisissable d’écorce de cèdre et de thé fumé. L’envol dans un nuage du parfum du santal et de l’encens.

 

L. d’I.

 

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