Vins modernes, vins traditionnels, quelles différences ?

Le pourquoi du comment

publié le mercredi 10 octobre 2018 à 08h00

Vins modernes, vins traditionnels, quelles différences ?

Vins sans souffre, vins Bio, Vins modernes, technologiques, vins dans tous leurs états.

 

Difficile pour le consommateur final de s’y retrouver, et même pour les professionnels.

Essayons en quelques lignes de clarifier et peut être simplifier tout cela.

Nous développerons sûrement ces idées dans plusieurs articles.

Ici parlons de tradition et modernité car j’ai déjà employé ces formules sur la région de Barolo et de la Toscane, donc concentrons-nous là-dessus. Il faut retenir que ces méthodes de production sont transposables dans d’autres régions et d’autres pays.

 

 

J’ai opposé, ou plutôt écarté des vignerons piémontais pour les faire se rejoindre, en les qualifiant de modernes ou traditionnels.

Dans mon parcours j’ai découvert les Barolo autour de 2007 avec ceux de Mauro Molino, sans savoir à l’époque quel type de travail il effectuait, notamment en termes d’élevage de vins.

J’ai depuis régulièrement dégusté de ces vins du Piémont, et l'épiphanie s’est produite avec le Cascina Francia 1994 de Conterno, dont le style m’est encore présent en tête.

Grand vin parmi les grands vins, synthèse d’un grand Bourgogne et d’un grand Grenache pour mon cerveau de l’époque. Elan superlatif, je me suis donc tourné vers ces Piémontais du secteur de Monforte, Serralunga, au style traditionnel et parfois un peu durs il faut l’avouer.

 

Dans cette région du monde cela veut dire avec un mode d’élevage en vieux foudres, donc en gros tonneaux de 2000/3000 ou 5000 litres, nous parlerons d’Hl, hectolitres.

Le vin une fois terminé, après fermentations, alcoolique notamment, peut aller soit en cuve (béton/ciment, inox, résine époxy), foudres ou futs.

Passons sur les contenants plus originaux.

Dans le cas qui nous intéresse, plus qu’en France, les vins ont toujours été vieillis en grands foudres assez vieux. Et dans les années 90, dirons-nous, certains vignerons, aux noms aujourd'hui prestigieux, comme Gaja, Voerzio, Sandrone, Altare, Vietti, Clerico, etc... ont modifié cela pour passer les vins en fûts de chêne neufs, tout ou partie.

 

 

Mode importante de l’époque, tant côté critiques, que consommateurs, ce goût a permis au monde entier de se retrouver dans un style de vins !

Les vins boisés, dont nous reparlerons.

Au Piémont, ou en Toscane d’ailleurs cela donnera aux vins une notoriété mondiale accrue et rapide suite à des notations élevées de grands journalistes internationaux, anglais ou américains.

 

De nos jours il est de bon ton de critiquer ces vins, qui en effet ont un peu moins de personnalité que leurs opposés dits traditionnels, mais en même temps ils ont rendu une fière chandelle à leurs ainés en devenant plus ronds, plus doux, plus souples ou plus faciles à goûter jeunes.

De là le monde s’est ouvert à eux.

Notons au milieu de cela, une facilité à bruler vif ce que l’on a porté aux nues peu avant.

L’homme à la mémoire courte, il brûle ses idoles aussi vite qu’il les a glorifiés.

Ces vins sont tous d’une très grande qualité, de vignobles fameux, parfaitement situés, et ils révèlent dans le temps des qualités que les plus traditionnels ne peuvent leur nier. C'est pour ça qu’un jour un vigneron piémontais dit traditionnel, à qui je posais la question sur la différence entre les deux conclut ainsi :" tu sais à la fin au bout de 10/15/20 ans et bien tout se rejoint plus ou moins "

 

Ce qui était très curieux pour moi c’était en rentrant plus dans le détail, de constater que les vins de secteurs plus fins comme La Morra par exemple était souvent boisé et en fût neuf alors que le secteur plus tannique de Monforte ou Serralunga était souvent vinifié par des traditionalistes !

 

Une des évolutions que j’ai constaté depuis mon premier voyage en 2012, c'est que les modernes utilisent de moins en moins le bois neuf pour rester au plus près du fruit et de l’élégance de leurs cépages.

Les traditionnels qui ont améliorés leurs techniques et affinés leurs vins, car souvent certains d’entre eux faisaient des vins durs et astringents.

Les cépages en question étant parfois compliqués, Nebbiolo astringent et dur, Sangiovese brûlant et tannique....

Bref le raisin reste la base d’un bon vin, et encore plus sur un grand terroir et avec un grand vigneron.

Il faut donc et surtout que la vendange soit de grande qualité et très saine pour faire des vins de haut niveau, et c’est ce qu’il faudrait retenir.

 

 

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.