Stan nous livre ses réflexions sur le bio, la biodynamie et le conventionnel

Le pourquoi du comment

publié le mercredi 20 mars 2019 à 08h00

Stan nous livre ses réflexions sur le bio, la biodynamie et le conventionnel

 

Aujourd’hui la viticulture en France a vu sa surface fortement diminuer et donc par la même occasion évoluer fortement.

Une partie des surfaces s’est durant les 20 dernières années convertie à l’agriculture bio et bio dynamique. Sans parler des vins non sulfités.

  

Pour bien appréhender le phénomène il convient de bien expliquer les méthodes de culture de chacun.

En premier lieu, il est indispensable de savoir et comprendre que à priori tout le monde traite sa vigne, même en bio et bio dynamie.

Mais pas de la même façon ni avec les mêmes produits.

 

L’agriculture bio, et donc la viticulture sont différents dudit conventionnel par la nature des molécules et produits utilisés pour traiter contre les maladies ou autres attaques contre le vignoble.

En bio on n’est pas autorisé à utiliser de produits dits de synthèse, mais dits « naturels ». À savoir que leur origine n’est pas toujours aussi naturelle que cela, le Cuivre notamment était souvent issu du recyclage des câbles présents dans nos rues et le long de nos routes.

 

Il convient également de donner des informations sur le type de maladies et « infections » auxquels les viticulteurs sont confrontés.

Il y en a trois majoritairement :

 

  • Les maladies fongiques, dues aux champignons, de type estivaux, mildiou, oïdium, ils attaquent naturellement la feuille puis le raisin. Ou le bois, ou le pied en sous-sol, qui souvent se traitent en hiver.
  • Les insectes, chenilles, vers, insectes piqueurs suceurs, etc… véhiculant parfois des viroses ou infections diverses.
  • Les carences, souvent induites à cause d’un excès d’autre chose. Les plus fréquentes sont le fer (phénomène de chlorose), ou le zinc.

 

http://ephytia.inra.fr/fr/C/6045/Vigne-Index-des-maladies-ravageurs-et-vecteurs

 

Il est évident que l’industrie phytosanitaire, très puissante et très riche a beaucoup joué sur les peurs et les risques, sans récolte, pas de revenus, etc…

Mais il ne faut pas nier non plus le fait que ces risques sont là et que par moments il peuvent faire très mal.

J’ai constaté notamment en 2018, que des régions traditionnellement peu touchées par le mildiou ont eu une pression (c’est le mot utilisé lors de fortes attaques et développement de la maladie) accentuée puis importante et certains ont perdu beaucoup de récolte et questionnent donc leur mode de fonctionnement. Des bios notamment.

 

 

Après avoir donc vu ce à quoi la vigne doit faire face, nous pouvons donc parler des divers modèles pour agir face à ces attaques répétées de la nature.

 

Le conventionnel :

 

Désherbant chimiques autorisés, traitements au cuivre, souffre, pénétrants, issus de la chimie de synthèse, tout est autorisé ou presque. Mais qui peut le plus peut le moins… Tout le monde ne traite pas 17 fois par an, etc…

 

Avantages : protection accrue en cas de mauvais temps, possibilité de peu traiter en cas de bonnes conditions

 

Inconvénients : produits parfois à haute rémanence dans les sols, et risqués pour les utilisateurs.

 

Le Bio :

 

Sont autorisés les fongicides et insecticides non issus de la chimie de synthèse, aucun désherbant, ce qui ne veut pas dire que l’on ne traite pas.

 

Avantages : peu de risques pour utilisateur, peu de résidus dans les sols si ce n’est parfois de fortes doses de cuivre.

 

Inconvénients : les produits fongicides notamment ne sont pas pénétrants et donc lessivables après 15/20 mm de pluie. Les années de forte pression un bio fait souvent plus de traitements que son homologue conventionnel.

 

Biodynamie :

 

On utilise les produits AB, on ajoute surtout des préparations à base d'Oligo éléments, de purins, de produits dynamisés.

On travaille selon des cycles calqués sur la lune, il y a un côté un peu ésotérique peu quantifiable, souvent les vins de ses domaines sont très qualitatifs !

 

Avantages : Éthique très élevée, beaucoup de temps passé dans le vignoble, à étudier et « sentir » la plante... peu ou pas de chimie, zéro de synthèse. Plante souvent renforcée par ces stimulations de défenses immunitaires etc... On se répète, rien n’est encore très calculé ni démontré scientifiquement à ce jour.

 

Inconvénient : idem que pour le bio. Risques sur les années à forte pression, discours parfois un peu ésotérique des vignerons, et surtout du pape de la biodynamie Steiner, au milieu de constatations de bon sens et de justesse.

 

Je n’ai pas détaillé tant que cela chaque méthode de travail mais le but est de faire apparaître dans les grandes lignes les façons de travailler dont on parle aujourd’hui en agriculture et viticulture, en mettant en avant les avantages et inconvénients de chacun.

 

Il faut retenir que le discours actuel est souvent orienté par chacun des protagonistes qui sont à mon sens tous de bonne foi.

 

Émettons quelques réserves toutefois.

Il est évident que la phyto industrie pense avant tout à gagner BEAUCOUP d’argent, je pense notamment aux industriels producteurs.

Je crains que comme dans de nombreux cas, la récupération des logos AB etc, ne le soit à la fin par de grands groupes industriels et que le bio ne soit pas aussi sain que nous l’imaginions. Les fermes de 1000 vaches en AB en Allemagne, image grossière mais assez juste.

 

 

Ce que je voulais surtout mettre en lumière c’est le fait que même en AB l’agriculteur traite, il utilise son pulvérisateur et il a même le droit d’utiliser des pesticides, pour éradiquer certaines « pest » en anglais traduit on dira ravageurs...

Donc certains insecticides sont autorisés car d’origine non synthétique, naturelle.

 

Cela fait apparaître un autre point très important, la nature est parfois hostile, donc un produit naturel n’est pas forcément inoffensif, point crucial.

Oui il faut être attentif à tout car le discours ambiant est souvent mal tourné ou très orienté.

 

Si on ne raisonnait que scientifiquement et logiquement, alors on choisirait l’agriculture la plus raisonnée possible, soit en années sans risques, beau temps, vent, etc... peu de traitements et zéro chimie de synthèse, et en années à risque et bien, des passages ciblés avec des produits de synthèse à rémanence importante dans la plante et des durées de vie courte dans les sols, sissi ça existe.

Car on aurait un impact gasoil peu important, en effet il faut raisonner globalement sur une exploitation, et on comprend rapidement quand on est chez les vignerons, chez les agriculteurs que rien n’est aussi simple que l’on veut bien nous le faire croire.

 

En Australie de mémoire je ne voyais quasi jamais traiter les vignes, le temps était hyper sec et les conditions peu propices aux maladies. En revanche l’utilisation d’eau était assez désastreuse parfois, et les vins produits de manière quasi industrielle avec une taille mécanique peu qualitative, et on devait donc renouveler les plantations très régulièrement.

Finalement c’est assez coûteux en terme global pour l’environnement.

 

Aujourd’hui la vigne est, dans la production agricole française la plus avancée en termes de conversion et production bio, et on pense que le plafond sera autour de 15 % (ndlr : 10% actuellement)

Point positif pour une partie des consommateurs dont c’est une demande, mais il faut voir plus loin en termes de production agricole globale, et de viticulture.

La demande est en forte augmentation dans le monde entier. Le monde en l’état ne pourra certainement pas produire à 100% en BIO, AB ou Biodynamie. Aussi pour que le maximum d’entre nous en profite, il conviendrait donc de donner un certain crédit à une production très réfléchie et de bien expliquer à un public qui parfois n’est pas spécialiste et croit le dernier, celui qui aboie le plus fort.

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.