Les Allocations de vins ou pourquoi et comment est-ce arrivé ?

Le pourquoi du comment

publié le samedi 19 octobre 2019 à 08h00

Les Allocations de vins ou pourquoi et comment est-ce arrivé ?

 

 

La plupart des gens qui ne sont pas amateurs de vins ne se poseront même pas la question, ni même ne s’intéresseront à ce que veut dire une allocation

La plupart même des gens qui boivent un peu de vin et même ceux qui se disent amateurs ou connaisseurs n’en ont entendu parler et pourtant depuis quelques années dans le monde du vin ce mot est devenu une sorte de Graal, un passe-partout, un signe de distinction, comme s'il fallait montrer patte blanche….

 

Et oui dans le giron des guedins (ndlr : fous) du vin, ce terme suivi du nom des vins ou domaines référents peut vous ouvrir la porte de paradis inexplorés, vous propulser au niveau des ultimes méritants de la connaissance, au pays des sachants, ou des heureux vainqueurs, c’est selon.

 

En fait une allocation n’est autre qu’une offre de la part d’un domaine, généralement en direct, année après année. Depuis que le monde est globalisé, que le vin est un produit de première indication sociale alors l’allocation est un véritable signe extérieur de « Valeur ».

Au même titre que posséder un vêtement rare, une voiture rare, un bijou rare, la possession du vin rare est devenue le truc à la mode, ou le truc qu’il faut avoir.

 

Finalement si on remonte à quelques années en arrière, à peine 30 ans, ce phénomène n’existait pas ou peu. Les amateurs ou inconditionnels ne se battaient pas pour un flacon, et on trouvait notamment en Europe assez facilement tous les crus si on se donnait un peu de peine, et ce à des prix relativement modestes.

En tous cas jamais stratosphériques, et la spéculation n’existait pas.

 

Alors d’où est apparu ce phénomène et pourquoi va-t-il se multiplier ?

 

C'est extrêmement simple ! L’offre et la demande. Dans un monde de plus en plus connecté, ces dernières ont créé ce jeu du chat et de la souris.

Comme les gens sont de plus en plus informés sur tout, les amateurs de quoi que ce soit d’ailleurs font un maximum de recherches, puis essayent de se procurer ce qui leur manque.

Pour le vin c’est la même chose. On goûte, on s’instruit, puis on achète. Si ce n’est pas disponible alors on essaye de se le procurer, soit directement soit indirectement. Et si tout le monde veut la même chose au même instant alors c’est de pire en pire, avec une inversion directement proportionnelle entre le prix et la quantité de vin. Et quand la demande devient trop importante le vigneron n’a de solution que de « distribuer » son vin en quantités plus ou moins égales à ses clients et n’en léser aucun. Il ne pourra en revanche continuer à allouer à de nouveaux clients… Le seul moyen étant le décès de l’un d’eux, l’arrêt d’activité d’un professionnel, etc…

 

Cela va-t-il continuer ?

 

Oui, très probablement. De plus en plus de clients se massent, et veulent les mêmes vins, donc… Les journalistes et autres critiques aussi jouent un rôle important. Par leurs notations ils donnent du crédit aux vignerons, et un effet d’entassement ou d’empilement a lieu. Cela continuera également grâce à de nouveaux vignerons qui deviendront le "nouveau place to be ou must have", celui qu’il vous faut !!!

 

 

 

 

Est-ce vraiment si unique que cela ?

 

À chacun d’y répondre. Tout le monde ne trouvera pas ces vins si précieusement alloués à son goût, même si un véritable consensus se fait autour de ces rares flacons. Puis je trouver des vins proches de ceux « introuvables » ? Certainement et en même temps non… 😉 Non parce qu'effectivement ils sont uniques et ont tous une patte. Mais les autres, les vins non alloués, plus accessibles aussi, sont parfois tout aussi intéressants, parfois aussi moins cher… je ne peux pas m’offrir une Romanée Conti, mais peut être puis je m’offrir une Grande Rue de Lamarche, ou une Romanée de Liger Belair.

Bon là encore ce sont des vins extrêmement chers et extrêmement rares…

Mais ce parallèle est utilisable très régulièrement et avec pas mal d’autres vins…

Si je ne peux trouver tel vin de ce domaine peut être que je peux trouver sa cuvée d’entrée de gamme, ou que donne le voisin de ce grand vin ?

 

En essayant de contourner ou de dénicher la perle rare je vais m’ouvrir, je vais découvrir, et peut être alors aurais-je à mon tour le nouveau Graal avant les autres qui sait ???

 

Crédit photos : en-tête Duval & Blancher

 

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.