La musique au service de la vigne

Le pourquoi du comment

publié le jeudi 12 juillet 2018 à 10h00

La musique au service de la vigne

On entend parler de plus en plus à notre époque de thérapie sur le vivant (plantes et animaux) et à jouer sur cette sensibilité, notamment par le biais de la musique.

C'est bien joli mais comment ça se passe ?

Il faut remonter aux années 1960 avec Joël Sternheimer, docteur en physique théorique et musicien. Il invente un procédé de régulation énergétique de la bio-synthèse des protéines par raisonnance d'échelle, breveté en 1993. On vous a perdu ? C'est normal, nous aussi.

Pour faire simple, on appelle ce procédé : protéodie. Un mot-valise regroupant protéine et mélodie. Pour faire court, cela signifie que la musique favoriserait la synthèse d'une protéine et ainsi la croissance d'une plante.

Pour aller plus loin mais pas trop non plus, il s'agit de la théorie selon laquelle chaque acide aminé serait associé à des ondes pouvant être transcrites en musique.

Donc, ce n'est pas un mythe ?

On sait bien que la science a ses limites selon l'époque et les avancées technologiques, donc à l'heure actuelle, aucune preuve scientifique ne parvient à étayer cette théorie. En 2017, le procédé tombe dans le domaine public et est considéré comme pseudo-science (démarche ou croyance faussement scientifique qui ne respecte pas les méthodes, ni les buts de la science). Pour les plus assidus, il n'empêche que l'investigation se poursuive.

Dans quelle mesure malgré le scepticisme qui règne ?

Pour ne citer qu'un exemple, Gilles Josuan, agriculteur dans les Bouches-du-Rhône, aurait sauvé ses plants de courgettes atteints du virus de la Mozaïque, actuellement incurable, en leur diffusant chaque soir pendant 5 à 7 minutes de la musique. Il ne faut pas rêver, le virus n'a pas été éradiqué mais les courgettes n'ont pas du tout été attaquées. D'autres agriculteurs et viticulteurs observent également ce phénomène et des entrepreneurs se sont même lancés sur ce nouveau marché.

Parmi elles, Genodics surfe sur le phénomène et propose de soigner les plantes par les protéines. On retrouve alors cette fameuse protéodie : la génodique.

La génodique : maîtrise des ondes et de la matière ?

"La physique quantique a montré que les particules élémentaires qui composent les atomes, les molécules ou bien les assemblages moléculaires peuvent présenter deux aspects : corpusculaire et ondulatoire. A toute quantité de matière peut être associée une onde quantique dont la fréquence peut être calculée. A partir de ces concepts, la génodique permet de caractériser des ondes particulières, naturellement associées au processus de synthèse des protéines. [...] Les protéines sont un constituant majeur du vivant : elles ont un rôle actif dans pratiquement tous ses processus." - Genodics

Jusqu'à maintenant, on constate que les organismes vivants sont capables de reconnaître ces séries de sons harmonisés, directement accordés aux acides aminés dont la séquence compose les protéines et que l'on nomme les protéodies. "La génodique explique aussi comment composer des mélodies en opposition de phase, qui ont un effet inverse", peut-on lire sur le site de Genodics.

La science toujours dubitative ?

La théorie de Sterheimer a laissé la communauté scientifique sceptique car elle s'accorde à dire que les phénomènes ondulatoires qui se produisent dans l'infiniment petit sont de nature différente tels que la propagation d'ondes acoustiques dans l'air. 

En attendant de futures avancées scientifiques, certains vignerons croient pourtant au principe, et parce qu'"observé", utilisent la génodique pour la culture de leur vignoble. Pour ne citer qu'eux, on retrouve le Champagne Anselme Selosse, le Domaine Pierre Frick en Alsace, le Domaine du Petit Chaumont dans le Gard, Terres de Roa dans l'Allier. D'autres vont plus loin, jusqu'à utiliser la musique, en général classique, pendant les vinifications (Domaine des Hélianthèmes), qui agirait sur les levures pendant la fermentation. 

Peu importe qu'on y croie ou non, goûtez la différence, vous serez peut-être surpris ! 

Elise Aboulkhatib

par Elise Aboulkhatib