Guides du vin, concours, médailles... peut-on s'y fier ?

Le pourquoi du comment

publié le mercredi 31 octobre 2018 à 08h00

Guides du vin, concours, médailles... peut-on s'y fier ?

En allant chez un caviste, on aura la chance d’avoir un conseil, avisé parfois, inspiré souvent, et surtout influencé par les goûts de ce dernier.

Mais si on veut acheter une bouteille par soi-même, sans être conseillé, le chemin est plus périlleux.

Naturellement le client consommateur va se tourner vers des vins qui ont reçu des prix, des notes, des médailles.

Bien que vu depuis la France aujourd'hui ce modèle n’est pas uniquement franco français. Lors de mon travail à l’étranger j’ai d’ailleurs été confronté à ce système notamment en Australie.

Alors depuis les premières médailles du Concours Général Agricole, et la désormais multiplicité des concours, que veulent dire ces notations, peut-on s’y fier ???

 

 

Je ne pense pas arriver ici à lister tous les concours ni toutes les médailles décernées autour du monde.

Encore moins les notes données par des guides ou des journaux, qui eux aussi essayent d’aiguiller les consommateurs.

Enfin n’est-ce pas aussi une manière d’exister pour un guide ou un magazine que de noter et donner son avis, car quelle est la raison de vivre d’un critique... si ce n’est la critique ? En effet le papier se vendrait-il s'il n’y avait pas ces classements, ces notations ?

On retrouve partout cette liste des 25, 50, 100 meilleurs... Les 100 albums à avoir dans sa discothèque (son ipod, ou son téléphone, me voilà vieux...), les 1000 vins à avoir dégusté, escalade sans fin…

 

Pourtant il me semble important d’avoir écouté, lu, dégustés ces « icônes » pour comprendre, puis se faire ensuite son propre avis.

Comme je l’ai déjà écrit, il ne faut pas dénigrer des blockbusters viniques, parfois ils sont de grande qualité, et ils permettent de comprendre le goût du plus grand nombre.

De plus celui qui juge devra communiquer bien sûr sa préférence mais aussi avoir un sens critique distancié, sachant se mettre à la place des autres, du plus grand nombre.

Bref ce qui compte dans le jugement et la notation, et bien c’est le juge ou le panel de juges.

Tout le monde peut se tromper, même les meilleurs !... mais une grande et longue expérience de dégustation, et ce dans tous les styles de vins et quasi indispensable pour pouvoir émettre un avis et donner une opinion que le plus grand nombre pourra suivre.

De même le juge devra être le plus possible impartial, et déguster à l’aveugle.

Il me semblerait inapproprié de faire juger des vins d’appellation au Concours Général Agricole, par un amateur qui ne connait que les vins naturels ! Même si d’ailleurs son avis pourra nous éclairer et donner des idées sur sa perception des vins et du vin.

 

 

Donc il faut surtout se concentrer sur le profil de ceux qui jugent, par exemple lors des dégustations d’agréments pour obtenir l’appellation.

Il faut savoir qu’il s’agit de vignerons de l’appellation  qui donnent les appréciations.

En effet l’INAO considère que personnes d'autre que les Co disciplinaires sont plus légitimes pour donner un avis juste et argumenté !

Ce qui nous mène au paradoxe de celui qui reconnait son vin au milieu des autres, et à l’exclusion des vins « originaux » ou « hors normes », qui peuvent être quand même qualitatifs.

 

Comme pour l'alimentation il faudra aussi être méfiant face aux fausses médailles ou fausses mentions, de type produits de l’année etc…, car il s’agit seulement de distributeurs, ou « lobbyistes » qui s’accréditent entre eux...

En gros le supermarché embauche un extérieur pour lui donner une médaille...

 

Pour revenir rapidement sur les guides, il y en a de nombreux.

Malgré toutes les critiques que l'on peut leur faire, il y a de nombreux grands professionnels qui participent à leur élaboration, des journalistes de renom, fins dégustateurs et à l’expérience importante.

Lorsqu’ils classent un domaine, c’est pour sa constance, pas un one shot.

L'‘Europe a se mérite par rapport aux américains, ou australien, de juger sur la longueur. Les étoiles d’un Gamberro Rosso, ou d’un Bettane Dessauve s’acquièrent au fil du temps, et se perdent parfois, lorsque le domaine se relâche ou ne conserve pas le niveau d’excellence requis.

 

Les médailles quant à elles relève du concours, du one shot, du show wine !

 

Alors on espérera que l’échantillon envoyé est bien celui de la cuvée complète et pas une barrique ou une cuve...

Légalement il faut que ce soit un lot de taille suffisante, mais c’est à la discrétion de chaque concours.

On espérera que les professionnels ou les juges, ont une solide expérience en matière de dégustation. Et qu'il ne s’agit pas d’une collégiale pondérée.

J’ai fait partie de quelques concours ou le modèle collégial, bien que très juste en apparence, donnait à certains vins plus consensuels un avantage à de vrais personnalités méritant la médaille à mon sens.

 

Mais une fois de plus, n’est-ce pas justement ce consensus et ce goût plus large et plus commun que l’on doit conseiller ou rechercher pour aider au choix ?

Aidé par ces premiers conseils, le consommateur fera ses premiers pas, tâtonnera, jouera, ou pas d’ailleurs, car tout le monde ne se passionnera pas pour le vin et sa complexité…

 

Dans ce cas il pourra se contenter à vie des médailles, certaines, en chocolat, et c’est aussi très bien.

 

Mais je me plais à imaginer, j’ose espérer qu'il cherchera plus avant et qu'après la médaille, après le guide il creusera de son côté pour dénicher sa vraie préférence, et son vrai coup de cœur !

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.