En Moldavie, la cave-galeries de Cricova

Au fil des rencontres

publié le dimanche 17 novembre 2019 à 08h00

En Moldavie, la cave-galeries de Cricova

 

Dire que Cricova est une institution en Moldavie est un euphémisme !

Cricova est en quelques sorte l’essence et l’histoire du vin Moldave à elle seule. Cette cave et ses 120 kms de tunnels, en mode Winery est le symbole de l’ex-bloc de l’Est converti au modèle oenotouristique mondial et Moldave.

 

Née en 1952 de l’idée visionnaire de Petru Ungureanu et Nicolae Sobolev, 2 figures du monde viticole moldave, lorsqu’ils imaginèrent recycler les galeries d’extraction de pierres calcaires pour y stocker le vin !

D’abord en mode soviétique, « sovkhozien », des cuves en acier émaillé servaient au stockage de vins de table et de mousseux qui abreuvaient l’ex URSS...

 

Mais depuis, le monde a bien changé et Cricova qui a conservé ses galeries est à la fois une cave moderne, à la pointe de la technologie et un monument historique.

Le symbole du renouveau du pays.

Pays agricole, agraire, verger et vignoble de l'ex URSS, la reconversion de ce petit pays ne pouvait se faire sans utiliser son passé et sa richesse viticole. La structuration en grande caves, de type « winery » est donc apparue dès l’indépendance en 1992, mais Cricova garda un statut unique entre entité d’état, patrimoine culturel moldave et entreprise rentable exportatrice.

 

Une des particularités de Cricova est de posséder des collections de vins de dirigeants du monde entier, car ses caves se prêtent à merveille au vieillissement des meilleurs cuvées. Célèbre également car à la fin de la guerre, le trésor de Hermann Goering sera reparti en 3 endroits en ex URSS, Georgie, Ukraine et Moldavie. Quelques 20 000 bouteilles se retrouvent ainsi rapatriées à Moscou en partie bues sur place, puis expédiées dans les RSS...  À ce jour il en resterait un peu plus de 600 à Cricova.

 

 

La seconde particularité de Cricova est la production de vins effervescents pour certains de grande qualité avec l’utilisation de la méthode champenoise. La cave produit surtout des vins de cuve close mais 700 000 bouteilles sont tout de même issues de la méthode traditionnelle dont des vins élevés sur lattes longtemps et au caractère complexe. Notamment un millésimé, mais aussi des brut nature etc...

 

Les vins tranquilles sont assez larges en termes de gamme car il existe des vins rouges sucrés et doux, un profil datant de l’ancienne époque soviétique, des vins de glace, et des rouges nommés Codru, qui sont les fleurons de la gamme. Vieillis dans les souterrains ils sont vendus après de longues années de garde. Actuellement millésime 2000 pour l’assemblage Cabernet et Merlot...

 

Cricova produit plusieurs millions de bouteilles et c’est aujourd’hui le second plus gros embouteilleur du pays, avec un total de 600 ha en propre et des apports d’autres vignerons. La cave est un trésor national et appartient au gouvernement moldave, des meetings de chefs d’états y ont lieu et on y organise aujourd’hui de nombreux tours.  La visite guidée est un must local, pour les officiels ou pour le touriste qui vient s’ouvrir au vin.

 

Dans une volonté de développer l’œnotourisme, tout est mis en place pour recevoir un grand nombre de visiteurs, des salons, un restaurant. C’est un véritable complexe dédié, un monde en soi. Nous avons eu la chance d’être invité dans ce lieu et de déguster quelques vins.

 

Je regrette de ne pas avoir pu déguster des vins plus aboutis que ceux présentés, car ils étaient assez internationaux et parfois un peu lourdauds, un style d’un autre temps pour certains d’entre eux.

 

Le prix est imbattable sur bien des marchés exports et évidement locaux, mais j’ai également eu de très bons échos des méthodes traditionnelles et de certains vieux vins, les Codru notamment.

 

Pour ce qui est des vins dégustés :

 

  • Le Blanc Feteasca Alba est floral, légèrement anisé avec des touches d’herbes, un poil exotique, c’est assez techno, en bouche c’est sec mais plat, agréable sans défaut...

 

  • Le rosé légèrement sucré, 8/10 g je dirais est assez végétal et possède des notes d’asperges, un peu perlant en bouche, avec un poil de framboise... pas compris ce vin...

 

  • Le Feteasca Neagra, est fortement boisé et possède quelques notes chocolatées... bref, la bouche est à l’avenant, avec une sucrosité et un caramel marqué... ennuyeux ça ...

 

  • Le Criserco, est un ersatz de Prosecco, poire, fruits exotiques, mangue, bulles persistantes, assez fines, sucrosité marquée et un poil pâteux, attention au mal de crâne...

 

Honnêtement les vins ont peu d’intérêt sur ce que j’ai dégusté, internationaux, technologiques, lissés... Il y a surement dans la gamme de quoi faire nettement mieux. L’intérêt de ces vins est leur tarif, sur des marchés exports c’est déjà peu cher, mais sur place c’est très bas...

 

On retiendra surtout la volonté affirmée et déjà réussie de faire venir un public totalement étranger au produit vin, les moyens et les infrastructures sont optimisés. La sphère d’influence de la Russie, et ex-URSS visée est déjà bien présente et accrochée. Sur un marché qualitatif qui évolue sans cesse et face à la demande croissante de vins légers et buvables aux profils parfumés et enivrants, le chemin est encore long.

Mais les atouts pour se positionner en qualité/prix entrée de gamme sont évidents.

 

L’ouverture à l’international et l’Asie semble augurer un futur très prometteur au pays et ses wineries comme Cricova.

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.