Récit d'une rencontre magique avec Fabio Alessandria

Au fil des rencontres

publié le mercredi 09 octobre 2019 à 08h00

Récit d'une rencontre magique avec Fabio Alessandria

 

De l’année 2019 je pourrais retenir énormément de choses.

J’ai eu la chance de déguster beaucoup de vins, de voyager énormément pour profiter de ma passion et étendre ma connaissance et essayer de le partager. Une fois de plus la simplicité d’une personne et une douce aura me procurera l'une des meilleures visites de l’année. Une fois de plus c’est en Italie... qui plus est au Piémont. Je souhaite donc rentrer un peu plus dans le détail sur cet article car ce domaine me tenait à cœur depuis fort longtemps que ce soit en termes de visite que de rencontre. Le vigneron ne le sait pas mais j’étais assez impressionné et ému de pouvoir déguster ses vins et discuter avec lui.

 Ayant été ma plus belle émotion de 2018 en matière de dégustation j’attendais la confirmation tel un enfant devant un cadeau de noël. Et je ne fus pas déçu, loin de là ! Je me demande souvent comment ces grands vignerons font pour avoir ce truc en plus ? Comprendre que cela est comme une quête de mon côté. Pourquoi, comment font-ils ? Est-ce juste les vignes, le travail à la vigne, en cave...??? C’est très probablement un ensemble, avec un ancrage fort, très fort dans son territoire, et une connaissance quasi sans faille de son travail, avec une analyse à la fois simple, artistique et également pragmatique et froide parfois.

 

Nous sommes à Verduno, au printemps, ensoleillé, sur une belle colline des Langhe. Fabio Alessandria va me recevoir, enfin, et je vais pouvoir m’éduquer à la gamme de ses vins.

Mais avant cela nous faisons un rapide tour du caveau de vinification, simple, des cuves ouvertes, puis des foudres, nous discuterons des méthodes un peu plus tard, mais ce qui est amusant à retenir c’est le fait que le Monvigliero qui aujourd’hui est non éraflé l’a été durant 9 ans, de 1973 à 1982...

 

Dans la famille Burlotto, le premier vinificateur fut l’arrière-grand-père de Fabio, son grand père quant à lui faisait un seul Barolo et le tout en vendange entière. Le vieillissement se faisait évidement en foudre, parfois de châtaignier ! Aujourd’hui le domaine fait 16 ha, une cave est en construction, les vins sont en général en cuve durant une vingtaine de jours sauf.... Et oui le Monvigliero ! qui peut passer 2 mois en macération. Les vins sont ensuite élevés en foudres de chêne français selon une durée variable qui dépendra du millésime. Chapeaux immergés et cuves ouvertes... Un peu de volatile parfois mais des vins certainement typiques et au profil aérien.

 

Nous dégustons donc les vins, et discutons avec Fabio, qui parle un bon français, nous passons du français à l’anglais selon... Mon italien ayant ses limites vite atteintes :-(

 

 

Le Langhe Sauvignon Viridis, est une expression très variétale, issue d’une vigne sur sol crayeux et frais elle n’est pas sans nous rappeler un sauvignon français... le nez de buis frais et variétal se retrouve en bouche avec un vin sec, frais, à la bonne acidité et facile à déguster, la longueur est là, c’est Bien, Bien+

 

Le Dives possède plus de gras, et montre légèrement son passage en fut, avec des notes d’acacia et de boisé fondu.

 

Le premier rouge est une curiosité locale, mais ce Pelaverga est tellement bon que ce serait un crime que de ne pas s’y intéresser, le nez d’abord un peu végétal évolue vers des notes de rose et de fleur, sa bouche facile, minérale, fraiche et douce en fait un de ces vins de partage qu’on oublie trop vite tellement on les boit... Salinité, 14,5 % et aucune sensation d’alcool...Bien +

 

La série des Barolo commence avec ce 2015 communale, issu de vignes 100% de Verduno, jeunes et 10% issus des crus... Un nez très aromatique, une couleur rubis rouge, ce rouge déroule en bouche, salinité, fraicheur, rondeur, la finesse le dispute à l’élégance... que sera la suite ??? Très Bien

 

Acclivi 2015, le fondement de la région, comme en Rhône Nord avant de faire des crus ici on faisait des Barolo... Assemblés, Acclivi c’est le jeu du vigneron avec Roche Olmo, Monvigliero et Cannubi... Le nez de fraise et de réglisse se dispute ensuite les fleurs, violette, bourgeon de cassis, cerise... quant à la bouche bien que plus puissante que le Barolo, elle n’assèche pas du tout, la violette et la réglisse dominent, selon Fabio le Rocche Olmo donne ces arômes... belle longueur, une jolie fraicheur, moins salin et minéral que le Barolo, on finit sur des arômes chocolatés et légèrement amer, très joli vin... T bien +

 

Le fameux Monvigliero 2015 est donc le plus recherché de nos jours, le nez sauvage et la pointe « nature » sur l’amande et le côté végétal est typique de sa longue macération at se retrouve en bouche, car on a énormément de tension, une grande minéralité, des tannins un peu serrés, c’est austère et très long, hyper tendu, un fruité très discret, il faudra du temps à ce grand vin... Bien+ dans l’immédiat

 

Cannubi 2015 quant à lui offre des notes mentholé et d’eucalyptus, le bourgeon de cassis et la fraise, la bouche est plus solaire, la chair est là, on touche de peu le grand vin, c’est à la fois puissant et délicat... les marnes bleues et le sable... ce cru typique de Barolo est Très Bon mais pas disponible... Aujourd’hui il se déguste bien mieux que le Monvigliero

 

 

Vraiment je ne saurais que remercier Fabio Alessandria pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa volonté à échanger avec moi. Je ne vous recommanderais pas ses vins car ils sont souvent inabordables en magasin ou internet, et la folie qui les entoure n’a aucun sens, comme d’ailleurs autour d’aucun vin je pense...

Je fais aujourd’hui partie de privilégiés qui agissons comme des enfants gâtés pour accéder au divin. Ces attitudes devenues monnaie courante font que nous allons skier au bout du monde, que nous dépensons énergie, temps, fortune, à l’assouvissement de passions délirantes et parfois, je l'avoue ici, une grande faiblesse.

En revanche je dois admettre que lors de ce moment à déguster ces vins, le temps s’arrête et mes scrupules s’envolent pour mieux revenir lorsque je reprends mes notes...

 

Si vous deviez gouter un vin évidement le Monvigliero est en passe de devenir un mythe, mais ce Pelaverga ou le Barolo communale sont des véritables signature du style maison sans se ruiner...

Reste à les trouver :)

 

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.