Les champagnes Pouillon

Au fil des rencontres

publié le dimanche 07 juillet 2019 à 08h00

Les champagnes Pouillon

 

Lorsque j’étais étudiant, et lors de mes divers voyages et vinifications, j’ai croisé pas mal de gens et certains aujourd’hui sont devenus de grands vinificateurs, de grands vignerons.

J’étais heureux de pouvoir m’arrêter chez Fabrice Pouillon que je n’avais pas revu depuis fort longtemps.

Il fait partie de ces visionnaires, appelons-le ainsi, car en Champagne ils sont encore assez peu nombreux à avoir envisagé la culture de la vigne comme lui.

 

À mon grand regret l’entretien fut assez court mais j’ai quand même pu ressentir et échanger sur sa vision et sa méthode de travail.

Comme beaucoup des vignerons avec lesquels je me retrouve dans la philosophie et le mode de travail, on a ici quelqu’un qui est parti de ses études conventionnelles, puis a cherché, constamment à être meilleur, plus propre et moins interventionniste.

Il faut de la rigueur et de la précision pour réaliser des vins de grande qualité en étant très peu actifs dans les vignes, en termes de traitements. Idem à la cave, si on veut des vins de qualité et peu travaillés il faut une attention, une présence de tous les instants et une grande vigilance.

 

Bref Fabrice Pouillon a tâtonné, tenté, expérimenté et trouvé des solutions qui conviennent pour le moment notamment sur la gestion du couvert végétal, le SO2 (souffre), etc.… cela se ressent dans les vins qui sont encore plus profonds et précis que ceux de sa famille, auparavant déjà de belle qualité.

 

Nous sommes ici dans une partie de Vallée de la Marne, proche des grands crus, et non loin des grands villages de la Montagne de Reims.

 

Pinot Meunier, et dans une moindre mesure Pinot Noir dominent, ensuite le Chardonnay selon les cuvées sera aussi bien présent.

 

Nous dégustons Le "Réserve" issu de Festiny, Mareuil sur Ay, Avenay et Epernay. Une base de 2016, dosé à 3,5 g/l passé à 80% dans des fûts, et élevé en foudres. Le nez est très aromatique, sur la pomme bien mûre, l’anis, une belle tension en bouche, précis et arrondi, pour un vin assez jeune c’est déjà bien réussi.

 

 

Solera, Mareuil sur Ay, moitié Pinot, moitié Chardonnay, 17 millésimes assemblés, Malo faite et 4 g de dosage. Discret au nez, finement anisé, la bouche est tendue, fraîche, digeste, vraiment facile, un très beau vin, à carafer sûrement pour en profiter pleinement.

 

Blanchiens, Mareuil sur argilo calcaires exposés au sud, 100 fut et non sulfité, base de 2012. Des touches anisées, le style du domaine à priori :-) , puis un peu de brioche, des notes oxydatives en bouche, une belle finesse, très droit, la finale est sapide et très en place, un vin aérien, salivant, c’est très bon, T Bien +

 

Nous ne pourrons pas déguster plus ni visiter le domaine ou la cave.

Je prendrais plus de temps prochainement car le vigneron et ses vins sont très intéressants.

Nous avons longuement discuté sur ses techniques de travail et j’ai beaucoup apprécié l’approche simple et pragmatique de Fabrice Pouillon qui adapte un peu ses travaux à l’année puis aux diverses évolutions du climat. Il est évident que les années à venir seront cruciales pour beaucoup des vins produits sur Terre, y en a-t-il d’autres ailleurs ???

 

En fin de compte la capacité à s’adapter et les interrogations nombreuses que se posent les vignerons seront très probablement le meilleur moyen de répondre aux profonds changements que les territoires et les gens vont vivre dans les proches décennies.

Certains comme Fabrice Pouillon essayent d’anticiper, et sont en constante recherche et évolution. Il doit résider un fond de vérité dans cette façon de voir et de travailler.

Stanislas ROCHER

par Stanislas ROCHER

OenoConseil, Voyageur dégustateur et Dénicheur de perles.