Entre tradition et innovation pour le groupe Seguin Moreau

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publié le jeudi 14 juin 2018 à 10h00

Entre tradition et innovation pour le groupe Seguin Moreau

Le Groupe SEGUIN MOREAU fait partie des mastodontes de la tonnellerie française et internationale avec 80 000 fûts fabriqués par an, 3 ateliers de production : en France à Cognac et en Bourgogne, et à Napa aux Etats-Unis, 2 parcs de maturation et 3 mérranderies intégrées, 240 collaborateurs en France, Etats-Unis et Australie, 4500 clients présents sur 45 pays. Nous nous sommes demandés comment ils arrivaient aujourd'hui à concilier la demande commerciale croissante, la recherche constante d'innovation et le respect du cycle de vie des arbres dont leurs produits sont issus. Elise Peeters, responsable Marketing & Développement Produits du Groupe SEGUIN MOREAU, a gentiment accepté de répondre à notre sollicitation.

Winameety : Acteur mondial à la croissance exponentielle, comment gérez-vous la forte demande par rapport à votre approvisionnement tout en respectant l’environnement ?

Elise Peeters : SEGUIN MOREAU est effectivement dans une dynamique très positive et notre activité en croissance réelle, mais elle ne l’est pas de façon exponentielle, fort heureusement, car nous sommes déjà un acteur important sur notre marché !

Nous gérons notre développement en axant nos approvisionnements sur des massifs forestiers durablement gérées (certification PEFC) et en poussant toujours plus loin notre démarche d’économie énergétique, notamment. Nous avons ainsi fait installer début 2018 une chaudière biomasse particulièrement efficace et économe : cette démarche respectueuse de l’environnement a reçu à ce titre le soutien de l’ADEME, du FERED et de la Région Nouvelle-Aquitaine.

W : Depuis 2005, vous êtes certifiés PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières), qu’avez-vous mis en place pour répondre à cette certification ?

E.P. : La certification PEFC nécessite principalement de notre part :

  • des approvisionnements au sein de forêts gérées de façon durable,
  • une traçabilité parfaite de notre production

En ce qui concerne la gestion durable, notre fournisseur majoritaire est l’Office National des Forêts (ONF), organisme d’état, dont la mission est, entre autres, d’assurer la pérennité de la forêt française ; il en découle donc une démarche de gestion durable de cette ressource.

Pour ce qui est de la traçabilité, notre service qualité & environnement a mis en place un fonctionnement et un système documentaire précis et fiable, permettant de remonter jusqu’au lot de bois acheté, à partir du numéro unique porté par chaque barrique.

W : La tonnellerie regroupe plusieurs métiers, quels sont vos exigences pour parfaire l’expertise et que vos produits répondent parfaitement à tous les besoins des vinificateurs ? Quel est le procédé que vous avez mis en place ?

E.P. : Depuis les années 1980, SEGUIN MOREAU a amorcé une démarche R&D avant-gardiste pour l’époque, ayant pour but de mieux connaître la matière chêne, sa composition chimique et structurelle, afin d’en comprendre les interactions avec les composants des vins & spiritueux. Cette connaissance scientifique nous permet aujourd’hui de guider nos achats de bois sur la base de critères, non plus de provenance géographique, mais de connaissance de la composition du bois ; nous effectuons des analyses, qui nous permettent ensuite d’aiguiller les différents lots de bois vers des usages qui leur seront œnologiquement plus appropriés. Nous procédons ainsi pour nos fûts, mais également pour notre gamme de « bois pour l’œnologie », appelés aussi « alternatifs ». Cette clé de lecture et de sélection permet de fournir à nos clients des produits fiables, précis et reproductibles dans leur valeur ajoutée œnologique.

Ce procédé de sélection et d’aiguillage analytique du chêne s’appelle le procédé « ICÔNE » : lancé en 2011 après 15 ans de Recherche fondamentale et de terrain, ce procédé guide aujourd’hui notre approche du marché de l’élevage sous bois, que ce soit en fût, en cuve ou foudre de chêne, ou encore par ajout de copeaux au contact du vin.

W : Quels sont, en 2018, vos axes d’innovation ? Y-a-t-il des limites à la recherche et au développement dans votre secteur d’activité ?

E.P. : Nos axes d’innovation sont issus de notre connaissance scientifique du bois, du vin, et des intéractions entre eux : notre objectif est toujours d’apporter au vinificateur la valeur ajoutée œnologique qu’il attendait. Ce n’est pas pour rien que l’on parle du fait d’ «élever» un vin en barrique : notre objectif est d’aider à cette ascension.

Les limites au développement sont celles de la nature, tout simplement. Le bois et le vin sont deux matières vivantes, qui ont besoin de temps pour atteindre les conditions optimales de leur rencontre : des chênes de 200 ans doivent encore maturer deux ans à l’air libre avant d’être transformés en fûts ! Une fois au contact l’un de l’autre, c’est la même chose : les échanges naturels entre ces deux matières ont une cinétique qui leur est propre et que rien ne sert de brusquer.

W : Tradition et innovation, antagonistes ou complémentaires ?

E.P. : Absolument complémentaires !

Nous n’oublions pas que notre métier est avant tout artisanal, de tradition séculaire et que notre savoir-faire nous vient des fondateurs des tonnelleries SEGUIN (1870) et MOREAU(1838). Toute avancée technique innovante se doit d’être au service de la tradition : une de nos phrases fétiches est « Inspired by the past, built for the future », car on doit toujours savoir d’où l’on vient pour pouvoir aller où l’on veut.

Cette année, nous fêtons nos 180 ans, dont 40 d’intense démarche R&D. Pour fêter ce bel anniversaire, nous venons de recevoir le label d’Etat « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV), car notre métier est avant tout un savoir-faire artisanal français d’excellence.

W : Quel est l’aspect le plus difficile de votre métier et celui que vous préférez ?

E.P. : Notre métier est physique, c’est incontestable, et nous comptons de ce fait peu de femmes dans nos ateliers… La plus belle des récompenses, en revanche, c’est de pouvoir déguster un vin en fin d’élevage et de se rendre compte que le contact du chêne l’a fait grandir et atteindre son optimum œnologique !

Elise Aboulkhatib

par Elise Aboulkhatib