Domaine Léon Barral : les sols, secret des grands vins

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publié le mercredi 17 octobre 2018 à 08h00

Domaine Léon Barral : les sols, secret des grands vins

 

 

Didier Barral, vigneron du Haut Languedoc n’a ni téléphone portable, ni adresse mail, ni ordinateur. Ce n’est pas de la techno-phobie.

Sa connexion principale, c’est la terre !

Celui que l’on ne présente plus, dans le Sud de la France, est un paysan-vigneron unique en son genre. En 1990, à 30 kilomètres au nord-ouest de Béziers, sur les coteaux schisteux et pentus de l’appellation Faugères, il s’engage dans la reprise du domaine de son père, avec son frère Jean-Luc.

Avant-gardiste, pour l’époque, il entame une vraie réflexion sur les sols. Afin de contenir le stress hydrique déjà très présent. Il le sait : un sol vivant et sain produit des raisins sains. Et ceux-ci facilitent une vinification non interventionniste de qualité. Il est aujourd’hui la référence de l’appellation Faugères.

Les sols, matrice des grands vins

Recréer la biodiversité fut le postulat de départ de Didier Barral. Aucun produit issu de la chimie, utilisation de soufre volcanique à très faible dose à la vigne, furent d'abord pour le vignoble une perte de rendement.

Barral utilise alors la polyculture: 68 vaches issues de 3 races anciennes, 40 cochons noirs de Bigorre, 2 chevaux et une mule.

Le développement des insectes redonne vie aux sols, de la vigueur aux racines, au cep et produit des raisins de grande qualité.

Le domaine de 30 hectares éparpillé sur le terroir de Cabrerolles, représente un éco-système unique. Il a d’ailleurs reçu un prix du Ministère de l’Agriculture pour son travail en la matière. Aujourd'hui, les vignes en gobelets comptent plus de 10 cépages -dont des cépages locaux historiques. Les rangs y sont enherbés.

L'herbe est couchée au sol par un outil de fabrication «maison» : le rollofaca.

Des vins

 Le blanc, en Vin de France, est inimitable ! Trouble en bouteille, ni filtré ni débourbé, comme des nuages, les lies, sont en suspension. Bouteille ouverte, son cépage local et secret, le Terret, dégage ses arômes de coings, de mangue. Viognier et Roussanne complètent l'assemblage. Les amateurs se l’arrachent.

 

Les rouges : en AOC Faugères, la cuvée Tradition est issue de Cinsault, Grenache et Carignan. Le Faugères est élevé en cuve inox durant 2 ans. Les tanins se patinent. Le vin conserve du croquant et du fruit. Très expressif, d’une puissance mesurée, il est très accessible.

Jadis, sa deuxième cuvée, est issu de l'assemblage de Grenache, Syrah (exposées Sud) et de Carignan. Elevé 2 ans en fûts de chêne, il a plus de matière, est sanguin, épicé et sauvage.

La troisième cuvée, Valinières, est un des très grands vins du Languedoc. Le Mourvèdre y est majoritaire et se marie aux Syrah exposées au nord. Vin aux tanins serrés et très délicats, l'ensemble est très puissant. Une belle acidité lui conserve de la fraîcheur. Notes animales, long en bouche, soyeux puis velours.

 

La recette Barral ? Une vraie notoriété sans plan marketing 

Son vin est bu dans les plus grands restaurants de la planète, mais il n’a pas de caveau et de vente au domaine.

Son nom est quasiment devenu un cri de ralliement pour certains «vinophiles».

La marque des vins naturels de grande qualité. On ne peut qu’encourager l’amateur d’aventure esthétique et gustative à découvrir les vins de ce vigneron atypique garant d’une viticulture au plus proche de la nature et qui est source d’inspiration de toute une génération de vignerons qui monte...

 

Jean-Sébastien Guillaume

par Jean-Sébastien Guillaume

Vigneron breton