Laurence Rousselin : Libre de penser, de dire et d'agir !

Interviews

publié le jeudi 08 mars 2018 à 13h00

Laurence Rousselin : Libre de penser, de dire et d'agir !

Laurence Rousselin travaille avec Pascal son conjoint sur le domaine qu'ils ont créé il y a 23 ans. Basée dans le Roussillon, elle nous livre son parcours et nous éclaire sur son rôle en tant que femme dans sa vie professionnelle et bien entendu personnelle. Merci à elle pour cette belle entrevue !

Winameety : Vous avez créé votre domaine en 1995 et vinifié vos vins dès 2005. Quelles sont les spécificités que vous mettez en avant et quelles appellations travaillez-vous ? 

Laurence Rousselin : Nous avons commencé à travailler des monocépages, afin d'en découvrir et de faire découvrir leurs spécificités (les vins du Roussillon sont ou en tout cas, étaient des vins d'assemblages). Puis en 2006, nous avons pu faire de l'Appellation de notre village, qui a la chance d'en avoir une (il s'agit de la plus petite AOP rouge du Roussillon) l'AOP Côtes du Roussillon Villages LESQUERDE. Tout ça en Bio évidemment. 

W : Vous êtes passés au Bio en 2008 et vous êtes certifiés BUREAU VERITAS depuis 2011, une évidence pour vous ? Dans quelle mesure ? 

L.R. : Mon mari, Pascal, a fait deux empoisonnements du sang, consécutifs à l'utilisation de pesticides de synthèse, sans protection (cela remonte à 26 ans, pour un pépé qui le faisait travailler sans consignes de sécurité). Un, au désherbant, le fameux Glyphosate, et un à un insecticide. Il a donc commencé il y a 20 ans à travailler en BIO, sans label. Le label s'est imposé face à la demande des consommac'teurs, à leurs questionnements. L'évidence, c'est l'envie de vivre ! et ne pas contribuer à l'empoisonnement des gens. 

W : Vous travaillez main dans la main avec votre conjoint, comment s'organisent les rôles de chacun ?

L.R. : Pascal, vous l'aurez compris, c'est la culture de la vigne. Je taille un peu en hiver, participe aux travaux de printemps et jusqu'à l'automne. Nous vinifions et élaborons nos cuvées ensembles. Rien n'est mieux que nous retrouver dans la cave, notre petite cathédrale, et nos sensibilités en commun. Je m'occupe plus particulièrement de la Com', des ventes et des contacts professionnels, ainsi que tout l'administratif et la saisie comptable. Ensemble, nous faisons les salons particuliers, alors que je gère les salons professionnels de mon côté. 

W : Le 8 mars correspond à la Journée des Femmes et au respect de leurs droits, que signifie cette journée pour vous ? 

L.R. : Elle ne devrait pas exister ! Nous ne devrions pas à nous battre pour être respectées et reconnues. 

W : Vous revendiquez-vous féministe ? 

L.R. : Les métiers que nous faisons sont durs, dans un milieu culturellement machiste, et les femmes sont tout à fait capables de les mener à bien. Elles le prouvent à chaque instant. Être féministe, pour moi, c'est d'abord commencer à éduquer mes fils à l'être. Ils sont l'avenir. Et l'avenir c'est d'être des partenaires, avec chacun ses compétences reconnues comme telles. Tellement de choses et d'actes envers les femmes, sont révoltants, et injustifiables. Ma grand mère, ma mère, ont lutté, comme des milliers d'autres, pour nos acquis , le simple droit de voter, le droit de décider de son corps, le droit d'exister... je ne peux que mettre mes pas dans les leurs et faire en sorte que ces droits soient respectés. J'ai la chance d'avoir un mari féministe, qui me met en avant dès qu'il en a l'occasion. Je ne lutte pas dans mon quotidien, je n'en ai pas besoin. J'ai trouvé ma place sans avoir à prouver quoi que ce soit. Mais dans mon travail, oui, souvent. Ne serait ce que sur un stand de vente, quand les hommes lui parlent à lui, comme étant LE vigneron... et moi.. la secrétaire. 

W : Une de vos cuvées à mettre en avant ici et maintenant ? 

L.R. : L'AOP CRV LESQUERDE "Les Orientales", cuvée de rouge en assemblage. Syrah, Grenache, Carignan et Mourvèdre. C'est un lien affectif, comme je l'ai dit plus haut, et notre cuvée la plus aboutie. "Les Orientales", c'est pour moi les Odalisques peintes par de Delacroix, de JB Ange Tissier... Les sensualités orientales. Le fruit mur qui dégouline sur le menton. Les épices douces et les saveurs exotiques. 

W : Le mot pour la fin ? 

L.R. : J'ai la volonté farouche d'exister en ce monde, faire du mieux que je peux, être respectée pour ce que je suis et être libre. Libre de penser, libre de dire, libre d'agir. Et tout cela, dans mon petit univers que je me suis construit, sans nuire à personne. Pour vivre heureux, vivons cachés !

Propos recueillis par Elise de la Winameeteam.

Photo © Guilhem Brandy

Elise Aboulkhatib

par Elise Aboulkhatib